Ce samedi 9 mai 2026, l’Alliance Française de Korhogo s’est transformée en un carrefour de réflexion intellectuelle. Deux experts de l’Université Peleforo Gon Coulibaly y ont décortiqué les enjeux cruciaux de la menace terroriste et de l’éco-terrorisme en Afrique de l’Ouest.
La matinée a rassemblé un public varié — étudiants, universitaires et membres de la société civile — autour d’une ambition commune : comprendre les crises complexes qui redessinent aujourd’hui les contours de la sous-région.
Frontière Nord : Au-delà du bouclier militaire
Le Docteur Seydou Koné a ouvert le bal en analysant la situation sécuritaire au nord de la Côte d’Ivoire. Si l’État ivoirien a considérablement musclé sa réponse (modernisation de l’armée, loi de programmation militaire, cyberdéfense), le chercheur estime que le « tout-sécuritaire » ne suffit pas.
Selon lui, la victoire contre l’extrémisme repose sur deux piliers fragiles mais essentiels :
- La coopération transfrontalière : L’urgence d’un partage de renseignements accru avec le Mali et le Burkina Faso.
- Le front social : La lutte contre les vulnérabilités économiques locales, terreau fertile pour le recrutement des groupes armés.
L’« éco-terrorisme » : Un concept à décoloniser ?
La seconde partie de la conférence, animée par le Docteur Coulibaly Kassoum, a pris une dimension plus philosophique. En interrogeant le terme « éco-terrorisme », le conférencier a mis en lumière un décalage sémantique entre l’Occident et l’Afrique.
S’appuyant sur les exemples du Delta du Niger ou du parc des Virunga (RDC), il a souligné un paradoxe frappant : alors que les dégradations environnementales causées par de grandes multinationales sont rarement criminalisées, certaines résistances locales se voient rapidement coller l’étiquette de « terrorisme ». Le Dr Kassoum a ainsi plaidé pour une redéfinition de la justice environnementale, qui tienne compte de la prédation économique et de la fragilité des États.
Un laboratoire d’idées citoyen
En accueillant cette rencontre, l’Alliance Française de Korhogo à travers son Directeur Monsieur BAKAYOKO Adama réaffirme son rôle de plateforme citoyenne. Les débats qui ont suivi les présentations ont permis de rappeler une vérité fondamentale : en Afrique, les crises sécuritaires et écologiques ne sont pas des phénomènes isolés. Elles sont les symptômes d’une réalité sociale, économique et politique globale qu’il convient de traiter dans son ensemble.
Le Dr AGAMAN N’Goran Mathieu a assuré la modération de la conférence, assisté par Monsieur SILUE Marcel, responsable de MS Groupe pour l’animation.
